Sur le roman réaliste, par Frédéric Beigbeder

 

 

Paru sur LeMonde.fr le 14 avril 2012, par Frédéric Beigbeder :

 

"L'humanisme du réalisme"

 

Nous aimons le ton bienveillant mais sans concession de l'auteur de L'amour dure trois ans, Un roman français et 99 francs. C'est aussi une analyse simple du statut du roman réalliste français et la simplicité, c'est bien.

 

 

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French Female Writers!

If you are tired, when asking for a recommendation for a French female author, of being endlessly told to check out Simone de Beauvoir and Marguerite Duras (even if of course, they are great), or if you've heard about some outstanding French female writer but can't seem to find her books in the U.S. for a lesser price than your new car, well, check out this little bunch of novels and see if they suit your taste.
 

Les raisons de mon crime, by Nathalie Kuperman – Gallimard, 2012

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« Elle n'avait pas eu une vie facile. Elle passait les détails, mais ce qu'il fallait qu'il sache, et puisque ça lui viendrait aux oreilles un jour ou l'autre elle devait le lui dire, c'est que les quatre hommes qu'elle avait aimés depuis son divorce étaient morts. Maurice faillit s'étrangler.
Ils sont morts de quoi ?
De mort naturelle, pardi !
Et ce fut elle qui s'étrangla de rire. Maurice la regardait, de plus en plus fasciné. Cette femme était exactement la femme dont il rêvait.
Bon, maintenant que tu sais, tu restes ?
Tu veux bien de moi ?
Et comment !
Ils se tapèrent dans la main comme pour conclure une bonne affaire (et Maurice n'osait croire qu'il venait de croiser l'amour une seconde fois, de façon si brutale, si forte, si rapide). »

 

 

Tangente vers l'est, by Maylis de Kerangal – Gallimard Verticales, 2012

 

 
 
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Dès l’ouverture de ce bref roman, on prend le train en marche, en l’occurrence le Transsibérien, déjà loin de Moscou, à mi-chemin de l’Asie. Le long du corridor, se presse une foule de passagers de 3e classe bardés de bagages, d’où se détache une horde de jeunes hommes en tenue camouflage agglutinés dans la fumée de cigarettes, que le sergent Letchov conduit à leur caserne d’affectation en Sibérie. Parmi eux, Aliocha, grand et massif, âgé de vingt ans mais encore puceau, et comme désarmé face aux premiers bizutages qui font partie du rituel de ces transports de conscrits. Il préfère s’isoler, lui qui n’a pas su trouver le moyen d’éviter le service militaire, qui n’attend rien de bon de cette vie soldatesque et sent la menace de cette destination hors limite. A l’écart, il commence à échafauder les moyens de fausser compagnie à son régiment. Mais comment se faire la belle à coup sûr ? Profiter d’un arrêt à la prochaine gare pour se fondre dans la foule et disparaître. 

 
Du domaine des murmures, by Carole Martinez – Gallimard, 2011

 
 
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En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son voeu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule
attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe. Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu'en Terre sainte. Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante. 

 

Une femme avec personne dedans, by Chloé Delaume – Seuil, 2012
 

 

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Une lectrice se suicide, se changeant en ange annonciateur : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver ensuite. Au-delà de cet événement et de la culpabilité de la narratrice, le roman est le lieu d'une véritable prise de conscience pour le lecteur : celle de la possibilité réelle d'une identification avec l'auteur-narrateur-personnage. Une identification non pas morbide cette fois-ci, mais romanesque, due à un autre événement tout aussi violent : celui du sentiment amoureux. Car ce livre est un roman d'amour, mettant en scène Chloé, Igor et La Clef, un homme, deux femmes. Et malgré l'ironie et la légèreté, il y a cet aveu tragique : " J'ignorais qu'en aimant on pouvait à ce point perdre son identité ". Parce qu'elle écrit ce qu'elle a vu, ce qui est, mais doit également se pencher sur ce qui doit arriver, l'auteur soumet le lecteur à un quizz lui permettant d'être aiguillé sur l'une des trois fins proposées.

 

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Sibérie m’était comptée

 

A l’heure où nous faisons des jeux de mots vaseux (voir ci-dessus), l’ancienne terre d’accueil des dissidents et autres déportés du régime Stalinien est à l’honneur dans la production littéraire française. Pourquoi ce soudain engouement pour la Sibérie ? Allez savoir, m’a répondu ma coiffeuse (sibérienne) lorsque je lui ai posé la question. Elle, en tous les cas, a absolument tout fait pour s’en échapper. Peut-être que l’isolement et le calme ne se trouvent plus que dans les plateaux sibériens, a-t-elle dit. Et peut-être qu’on s’ennuie à Paris.

Quoiqu'il en soit, certains de ces récits, qu'ils soient fictifs ou réels, portent en eux une force dont il serait dommage de se passer. Nous voulons partager avec vous le grand froid, depuis notre salon, celui qui vous fouette et vous marque de sa dureté :

 

  • Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson, Gallimard, 2011

 

Acclamé par la critique, Prix Médicis Essai 2011, vous en avez certaienment entendu parler :

«Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

 

  • Sibérie – Olivier Rolin, Editions Inculte, 2011

 

Il s’agit aussi d’un essai. Ou de chroniques, plutôt. Le titre est aussi direct que le livre de Tesson. La démarche de l’auteur est assez similaire. Mais la maison d’édition bien moins connue. Un petit régal :

Fleuves géants, déserts glacés, taïga sans limites, températures extrêmes : en Sibérie, la géographie n'y va pas de main morte. L'histoire non plus, qui en a fait la terre des bagnards, et des déportés, l'un des noms du Malheur au XXe siècle. On peut pourtant trouver un charme secret à cette partie du monde qui désigne assez bien le vieux mot de solitudes, et qui est comme le grand large sur terre. C'est mon cas. Les chroniques ici réunies témoignent à leur façon d'une inclination contre nature… 

 

  • Tangente vers l’est – Maylis de Kerangal, Gallimard Verticales, 2012

 

Un roman, cette fois, à l’intrigue sobre et efficace, au suspense insoutenable. Cette fois, on sait pourquoi Maylis de Kerangal s’est intéressée à la Sibérie et plus précisément au Transsibérien : elle y est restée coincée avec d’autres écrivains dans le cadre d’une commande de France Culture. Et elle en parle très bien ici :

 

 

 

  • L’alcool et la nostalgie – Mathias Enard, Editions Inculte, 2011

 

Mathias Enard faisait aussi partie des écrivains coincés dans le Transsibérien avec Maylis de Kerangal. Cela a donné naissance à ce livre dont on pourrait jurer qu’il a été écrit par un auteur russe. Un récit trouble imbibé de vodka :

Réveillé en pleine nuit par un coup de téléphone de Jeanne qui lui apprend la mort de Vladimir, Mathias part dans l'heure à Moscou pour y retrouver celle qui reste, son amour défunt. Dans la douleur du deuil, au cœur d'une ville déboussolée, vaste terrain vague peuplé par des ombres, les anciens amants se retrouvent brièvement réunis autour de la dépouille de leur ami. Mais il va falloir l'escorter jusqu'à son village natal, au fin fond de la Sibérie, pour l'y enterrer. Un voyage que Mathias effectuera seul aux côtés de son compagnon silencieux, à bord du célèbre Transsibérien qui relie Moscou à Vladivostok. Trois mille kilomètres à parcourir à travers une fabuleuse succession de paysages, et autant de souvenirs de la féroce et complexe histoire d'amour qui met en scène les trois complices dans les lieux interlopes de la capitale Russe, au milieu des volutes d'opium. Dans ce récit, s'invitent également en résonance l'histoire politique et culturelle russe : la Guerre Civile menée par Trotsky, les goulags racontés par Chalamov, les Premiers Honoraires de Babel. Un texte où les ombres de Dostoïevski, Axionov et Gogol ne sont jamais bien loin… Tout comme Tchekov, qui prétendait que face à la mort, il ne reste que l'alcool et la nostalgie.

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Bonjour!

Mr. Moustache* here.  I am honored to have been asked by Mrs. Moustache and Moustache Jr. to offer my thoughts on French literature through this blog.  I was surprised that they turned to me for such opinions considering that, because of my still-evolving reading level, my tastes are less À la recherche du temps perdu than T’choupi a peur de l’orage (and I’m still not completely sure why T’Choupi is afraid of the dark…).  But here we are, so I thought it might be best for me to write about the outsides of French books, as this involves far less French comprehension.  Tom Lamont of the Guardian Observer recently wrote about the changes that are made in book covers when they are exported abroad:
 

Albums are sold across the world inside a universal sleeve, blockbuster films branded in a singular style.  But novels, by a convention that nobody in the publishing industry seems fully able to explain, must be re-jacketed from territory to territory.  It inspires all kinds of illustrative madness, and makes browsing foreign bookshelves a fascinating – often bewildering – experience.

 

I have often heard people describe the difference in book covers between the U.S. and France as an illustration of the two cultures, with the staid and serious Gallimard/Blanche contrasted with the brightly colored, begging for your attention American sales-cover:

 

 

It ends up that you can see examples of this in our very own catalog!  For example, take Extension du domaine de la lutte by Mr. Controversy (as opposed to Mr. Moustache) Michel Houellebecq.  The French cover is simply a very depressed person in a spare room, looking depressed and, frankly, somewhat French:

 

 

It is my understanding that this is basically what the book is about, so kudos to the French publisher for not going and gussying up the cover. By comparison, the U.S. cover goes a bit overboard in trying to emphasize to the potential purchaser that this is a French book by combining those twin archetypal symbols of French culture – the cigarettes and the underpants:

 

 

Notice also that the U.S. publisher might have run out of employees able to translate the name of the book, so simply decided to call it “Whatever.”  Whatever indeed!  OK, now I turn the blog back over to the lovely and talented Mrs. Moustache.  À bientôt!

* In the interest of full disclosure, I do not have a moustache, but would consider one.

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Excellente année 2012 !

 

 

Un verre de champ', un petit bouquin, tsoin-tsoin…

 

 

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Louche

 

Dans notre premier article posté il y a déjà bien longtemps, nous avons évoqué la contrainte qui guiderait nos choix dans l'écriture de la rubrique 'On aime' : il s'agirait de choisir un auteur, un sujet, un titre, que sais-je, en suivant l'ordre alphabétique, et de poster un article par semaine. Notons déjà l'échec de la fréquence : Moustache a ouvert il y a un mois, et seul un article a été écrit. Echec, échec, ECHEC! ne cessons-nous de penser, alors que les jours passent, que Moustache Junior prend tout notre temps et que le monde de la littérature avance sans nous et notre ô combien précieuse contribution.

 

Mais enfin, afin d'essayer de coller à nos objectifs premiers, nous avons choisi cette semaine de parler de François Beaune (deuxième article du blog, lettre B), romancier lyonnais bien coiffé et fort remarqué pour son premier (et excellent) roman Un homme louche paru en 2009. Il a depuis publié un second roman, Un ange noir, dont nous n'avons pas encore fini la lecture : retard, retard, RETARD! ne cessons-nous de nous dire à la vue de la pile de livres qui s'accumule dans notre salon. Mais enfin, nous en avons lu suffisamment pour dire que François Beaune doit absolument continuer à nous offrir des romans aux titres grammaticalement similaires (article indéfini, nom, adjectif).

 

Ce que fait François Beaune quand il écrit, c'est nous emporter dans son univers louche. Univers louche, vous demandez-vous en vous grattant doucement le menton. Oui, le louche, un phénomène (un mouvement?) qui n'a rien à voir avec le type bizarre qui vous suivait dans la rue hier soir. Le louche, d'après ce que nous en comprenons, c'est une façon de regarder les gens, de voir les objets. Quand on louche, des choses nouvelles nous apparaissent. Le monde devient différent. Jean-Daniel Dugommier, le narrateur d'Un homme louche, à cet égard, représente bien le louche (si vous lisez ça à voix haute, nous ne parlons pas du cinéaste) : adolescent retranché dans le premier cahier de son journal intime, il observe le monde autour de lui, fait l'analyse (selon les principes d'une science fumeuse dont il est l'inventeur) de sa famille, de ses voisins, de ses camarades de classe. Son regard est tordu, malin, et il émane de ses observations une poésie souvent déroutante de justesse. Bref, il voit des choses que l'on ne voit pas. Il est louche. Puis, adulte de 40 ans écorché et inadapté dans le deuxième cahier de son journal, il nomme enfin ce qu'un comportement louche fait émerger : le "sous-réalisme" – le fait de porter attention à ce dont tout le monde, à priori, se tamponne.

 

Mais le louche de François Beaune, ce n'est pas seulement Un homme louche. Il se décline aussi sous forme de publications dont une, "Louche – Dossier Gaêtan Barthélémy" est disponible chez Moustache. Et c'est d'ailleurs en lisant la quatrième de couverture que nous réalisons soudain que François Beaune y développe une définition du louche bien plus effective que celle que nous avons laborieusement élaborée ci-dessus. La voici:

"Loucher est une manière de voir qui ouvre à l'observation un espace inexploré dit sous-réaliste…la réalité est un gruyère. Les objets louches sous-vivent dans le vide de ces trous. Le temps fige leurs formes. Les objets louches mènent une vie effacée, faite de répétitions. L'oubli use leurs silhouettes. L'ordinaire les couvre d'un voile de poussière. Pourtant, tout objet disparu – ici les manuscrits de Gaëtan Barthélémy – a toujours, à un moment ou un autre, la capacité d'impressionner nos perceptions, de nous surprendre, de revivre. Notre volonté est de présenter des objets accompagnés de leur histoire afin qu'un instant seulement ils reprennent leur place, se remettent en scène, donnent à voir et à comprendre celui et celle qu'ils incarnent."

Gaëtan Barthélémy – qui existe vraiment, c'est un autre homme louche, qui partage dans ce petit ouvrage et à la demande de François Beaune, ses collages (qui tapissent les murs de sa maison) et ses écrits (manuscrits envoyés à Jacques Chirac et aux éditions Gallimard, qui n'ont pas trouvé judicieux de le publier, apparemment. Quel dommage.)

 

Et ce qu'on n'a pas dit, c'est que tout ça est très drôle. En tout cas, nous, ça nous fait rire. Le louche tord le réel mais s'attache à rendre compte de personnages (et de personnes) dont les bizarreries les ancrent justement dans le réel. François Beaune excelle dans le portrait, dans la peinture de personnages dont l'etrangeté nous paraît familière (est-ce parce que nous avons grandi à la campagne?) et singulièrement juste. Retrouvez également ses exercices et activités louches sur ce blog et régalez-vous.

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French Institute Alliance Française à New York – Les premiers courts de Pialat, Truffaut, Godard et Resnais

 

Si vous êtes à New York au mois de décembre, ne manquez pas les rendez-vous Cinéma Tuesday du FI:AF consacrés au premiers courts métrages de François Truffaut, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat et Alain Resnais. Plus d'info ici.

Nous en profitons pour faire un peu d'auto-promotion, et pour vous proposer la dernière biographie de Jean-Luc Godard par Antoine de Baecque, que vous trouverez dans notre magasin ici.

 

 

If you are in New York this December, don't miss FI:AF's Cinema Tuesday dedicated to the first short films by François Truffaut, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat and Alain Resnais. More info here.

And why not promote ourselves? Discover Jean-Luc Godard's latest biography by Antoine de Baecque. You will find it here in our store.

 

 

 

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Des livres pour l’hiver – 2/ Cinq livres jeunesse

 

Les journées raccourcissent et vos enfants, qui, le jour déclinant, n'aspirent qu'à conjurer l'ennui, vous regardent avec des yeux avides de solutions à leur désarroi. Tandis qu'ils jettent les feutres contre le mur et qu'ils se détournent de la télévision (si, si), attrapez donc un livre, un bon vieux livre et "partagez avec eux un moment de calme au coin du feu"* en leur lisant des histoires qui raviront leurs petits esprits curieux. Moustache Jr. a sélectionné pour vous cinq ouvrages propices à ces moments privilégiés, et croyez-moi, il sait de quoi il parle.

 

 

Méli-Mélo, de Martine Perrin – Dès 3 ans

Voilà un petit livre bien rigolo. Nous entrons d'emblée dans les couleurs vives de l'Afrique, et nous suivons un zèbre qui se promène de personnes en animaux, tranquille. Les pages sont découpées pour laisser apparaître tour à tour un crocodile qui se transforme en porteur d'eau, puis un léopard en chasseur, un hippopotame en piroguier, et ainsi de suite. Un texte simple, des illustrations expressives, un enfant heureux.

 

Dix petits insectes, de Davide Cali et Vincent Pianina – Dès 9 ans

Pour les plus grands qui savent lire tout seuls, cette bande-dessinée est une adaptation très très libre des Dix petits nègres d'Agatha Christie et met en scène dix insectes, parmi lesquels un escargot, une sauterelle et une mouche. Chacun d'entre eux se rend sur l'île de la Tortue sur une invitation mystérieuse dont le motif se décline en fonction de leur désirs : la sauterelle athlétique pense ainsi venir récupérer une récompense pour ses performances sportives, l'escargot glouton croit venir participer à un concours de dégustation de croquettes, tandis que le papillon de nuit intellectuel croit aller à un congrés médical…mais que va-t-il donc se passer sur cette île? pourquoi les avoir tous réunis? qui est à l'origine de ces invitations? Autant de questions qui perdureront à mesure que, logés dans un manoir propice au crime, nos amis seront les victimes de meurtres aussi saugrenus qu'inquiétants…Les dialogues sont très drôles, les dessins subtils et l'histoire prenante. Moustache Jr. m'a confié qu'il conseillait vivement ce livre.

 

T'choupi à la neige, de Thierry Courtin – dès 3 ans

Allez, un T'choupi pour la route. Vous connaissez sûrement le petit bonhomme (dont la nature est d'ailleurs difficle à définir. T'choupi est-il un ourson? une peluche?), il fait le bonheur des tout-petits et fait concurrence à Petit Ours Brun qui longtemps était la star des situations quotidiennes en images, le chouchou des enfants qui ne veulent pas aller se coucher et ne disent pas merci. Quoi qu'il en soit, cet épisode de T'choupi nous le montre en tenue de ski, découvrant les paysages enneigés du pays où il vit (il vit où, T'choupi?). C'est une sélection hivernale que nous vous proposons, on ne pouvait décemment pas occulter les vacances au ski de notre ami sans sourcils (T'choupi n'a pas de sourcils).

 

Histoires célèbres et inconnues, de Fabrice Melquiot et Louis Arene – Dès 7 ans

Quand Gulliver, Cendrillon et Casanova se font refaire une beauté par Fabrice Melquiot, ça donne trois histoires complètement déjantées, où on trouve un lampadaire au coeur tendre qui s'appelle Albert, un prince qui fait un casting pour trouver sa princesse, une tortilla qui fait fondre Casanova, et bien d'autres personnages riches en couleurs. Un souffle de fraîcheur et une bonne dose d'humour enrobent ces récits qui ne laisseront pas votre enfant indifférent à l'omelette espagnole, qui, avant, le laissait bien froid. Ajoutez à cela des illustrations à en faire pâlir Tim Burton, et vous êtes partis pour un vrai plaisir de lecture.

 

Mille ans de contes, Tome 1, dirigé par Christian Guibbaud, illustrations de Christian Guibbaud, Virginie Guérin, Emile Jadoul, et Fabrice Turrier – Dès 3 ans

Si votre enfant vous toise d'un regard accusateur quand, pour la 200e fois, vous lui proposez avec un enthousiasme un peu forcé de lire La Belle aux bois dormants dans votre édition aux illustrations défraîchies, alors ce recueil de contes est pour vous. Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, quelques contes classiques y sont présents, mais ce qui fait l'originalité de ce livre, c'est la sélection variée de contes des cinq continents. Aux côtés du Petit Poucet, donc, se trouveront Pierre le paresseux (et le roi des Trolls) – déjà entendu parler, vous, de Pierre le paresseux (et du roi des Trolls)?, Ali Baba (plus classique, mais toujours bienvenu), Thésée et le Minotaure (un peu de mythologie n'a jamais tué personne), et plus de 70 autres contes rangés par thèmes (contes merveilleux, contes à croquer, histoires d'animaux, mythologie, ruses et énigmes, etc). Une vraie mine d'or.

 

A bientôt pour plus de livres!

 

*Si nous avions une pub à la télé, ce serait ce qu'elle dirait.

 

 

 

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Des livres pour l’hiver – 1/ Cinq romans (et nouvelles)

 

L'hiver, parfois, est dur à supporter. Oui, c'est un lieu commun, mais dans les lieux communs, parfois, on se retrouve (tiens, voilà un autre lieu commun!). Voici notre sélection de romans et nouvelles pour occuper vos dimanches hivernaux:

 

Tout, tout de suite, de Morgan Sportès

Les jours où il a tellement neigé que votre porte d'entrée ne s'ouvre plus (nous nous adressons là aux habitants du Montana, par exemple – ou plutôt aux deux habitants du Montana qui nous lisent!), et que vous avez décidé qu'il en serait ainsi, que non, vous ne dégageriez pas le passage, un roman imposant s'impose pour vous et votre canapé. Tout, tout de suite, de Morgan Sportès, est un roman qui s'inspire des faits réels survenus au moment du meurtre d'Elie, en 2006, dans une banlieue parisienne. L'auteur retrace avec un réalisme sec les événements qui ont mené à la mort du jeune homme, reconstituant entre fiction et documentaire les faits et gestes des agresseurs avant et pendant la séquestration d'Elie. Un récit sur les dérives de la petite délinquance et un froid constat sur une génération désespérée, Tout, tout de suite a reçu le Prix Interallié en novembre 2011.

 

L'alcool et la nostalgie, de Mathias Enard

On est un peu amoureux de Mathias Enard chez Moustache. Enfin, surtout Mme Moustache. Et, bien que vous ayez sûrement entendu parler (ou lu) les très remarqués Zone et Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, vous avez peut-être laissé filer hors de votre champ de lectures L'alcool et la nostalgie, publié aux éditions Inculte en début d'année. Fort de son talent pour nous imprégner d'un lieu, d'un pays, Mathias Enard nous emporte cette fois en Russie, dans un voyage en Transsibérien, dont les paysages successifs offrent au narrateur l'occasion du souvenir : reminiscences d'une vie passée (nostalgie!) à aimer et à boire (alcool!), avec ses compagnons Jeanne et Vladimir. Mais aujourd'hui Vladimir est mort et Mathias doit rapatrier son corps dans son village en Russie orientale. C'est bête à dire, mais si vous aimez les auteurs russes, vous aimerez L'alcool et la nostalgie. Et puis, comme toujours avec Mathias Enard, c'est subtil, savoureux, et c'est beau (en plus, c'est parfait, la Russie, pour une lecture d'hiver, non?).

 

Paris noir, dirigé par Aurélien Masson

Sur une note tout à fait différente, Paris noir est le livre parfait pour conjurer le dimanche gris où il ne se passe désespéremment rien. Publié aux éditions Asphalte et dirigé par Aurélien Masson (directeur de la fameuse collection "série noire" de Gallimard), ce recueil de douze nouvelles nous plonge au coeur du Paris policier, interlope (et souvent nocturne). Autant de nouvelles que d'auteurs (Dominique Mainard, Hervé Prudon, Marc Villard, etc), dont le choix reflète un désir de "mélanger les genres, de faire se cotôyer des pointures du roman noir avec des auteurs plus classiques" (Aurélien Masson). Un régal.

 

Cent seize Chinois et quelques, de Thomas Heams-Ogus

Déjà, on aime le titre. Ensuite, nous avons lu le premier chapitre, et là nous avons été complétement absorbés par le récit. Et puis, ensuite, c'est encore mieux. L'histoire se passe en 1942 dans les Abbruzzes, en Italie. C'est la guerre, comme vous pouvez l'imaginer. Jusque-là, le décor est plutôt courant pour un roman. Mais tout à coup, vous réalisez qu'en Italie, en 1942, il y avait des Chinois (bon, d'accord, ça n'est pas SI incroyable). Et que ces Chinois, eh bien ils ont été internés dans un camp par les fascistes italiens, dans les Abbruzzes, comme on l'a déjà dit. Tout ça s'est vraiment passé, et Thomas Heams-Ogus nous le raconte en distillant toute l'étrangeté de la situation, et nous tentons de comprendre ce que ça peut être pour (à peu près) cent seize Chinois, de se retrouver là, de se convertir au catholiscisme, et de n'y rien comprendre. Peu à peu, une communauté se forme, et ils tentent de prendre en main leur destin. Un récit limpide et délicat : c'est l'impression que nous a laissée Cent seize Chinois et quelques.

 

Tout passe, de Bernard Comment

L'hiver est propice à la lecture de nouvelles. Une tasse de thé, une heure de lecture…un petit roupillon…puis une autre histoire entre les mains…le temps passe et l'on se régale de récits variés, courts et pleins. Pour vous parler de Tout passe (et c'est vrai que tout passe, en fin de compte), nous partageons avec vous la note de l'éditeur, qui parle avec éloquence et justesse de ces petits trésors:

"Une vieille dame qui s’apprête à partir avec ses secrets, dans le calme d’une piscine. Un lecteur dans une bibliothèque numérique, par temps de panne électrique. Un homme dans une chambre d’hôtel, au bord de la plage, sous la pluie, qui n’attend qu’un d’improbable fantôme. Un veuf qui enterre méthodiquement sa richesse. Un fils qui s’interroge sur un père qu’il n’a pas connu ou presque. Un écrivain soucieux de ses brouillons. Les retrouvailles d’un couple qui n’a jamais vraiment existé. Les conséquences tragiques d’une fausse annonce. Un entraîneur qui abandonne son équipe en plein match. A chaque fois, des bribes de passé se dévoilent, et une interrogation se pose, sur le futur et ce qu’il convient de lui transmettre ou non. Que retient-on d’une vie ? De sa propre vie ? Qu’est-ce qui en restera ? Quelles traces laisser ? Comment infléchir le destin ? Dans un monde qui change, où les codes sont parfois vidés de leur sens, où la continuité est peut-être une illusion qui fait naufrage, les personnages inventés par l’auteur de cette toile d’araignée essaient de faire le point (comme on dit aussi d’une caméra). Pas forcément pour y voir clair. Mais pour garder les yeux ouverts, avant la nuit, et dans la nuit."

Tout passe a reçu le prix Goncourt de la nouvelle 2011.

 

Bonne lecture!

 

 

 

 

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Bienvenue!

 

 

Qui sommes-nous donc?

D'abord, la boutique

 

Moustache Books est une librairie française en ligne qui propose à l’ensemble des Etats-Unis des livres français en français, accompagnés d’articles, de critiques, et d’informations sur l’actualité littéraire francophone.

Ce site est né de notre désir d’ouvrir une librairie française à New York qui proposerait un choix de qualité, dans un environnement propice au partage, autour de lectures, de rencontres, et ce en transmettant notre enthousiasme pour l’actualité littéraire française. C’est donc dans ce but que nous avons décidé de lancer, dans un premier temps, une librairie en ligne, basée à Brooklyn, qui, en plus de proposer des livres, espère participer activiement à la vie littéraire française de New York.

 

Ensuite, le blog

 

Le blog de Moustache Books, c'est aussi une famille. M. Moustache, Mme Moustache et Moustache Jr (voir portrait ci-dessous). Une famille dont chacun des membres apportera sa contribution au blog de Moustache Books. La famille Moustache est très bavarde. Cependant il faut savoir que M. Moustache parle français comme une poule ukrainienne et que Moustache Jr., du haut de ses deux mois, a encore du mal avec le clavier de l'ordinateur – ce qui ne l'empêche pas de vouloir partager avec opiniâtreté son point de vue sur les livres jeunesse. Ce sera donc Mme Moustache que vous retrouverez le plus souvent : comme elle parle français et sait se servir d'un clavier, ça devrait équilibrer l'affaire. Bref, vous nous verrez ici et là, en anglais et en français, parlant de tout et de rien, et faisant toujours croire que ça a à quelque chose à voir avec la littérature.

En attendant, nous vous proposons une promenade dans notre sélection de livres soigneusement choisis, en espérant que vous y trouviez votre bonheur. Nos étagères, principalement dédiées à la littérature contemporaine et à la littérature jeunesse françaises, continueront de se remplir à mesure de vos visites.

Et nous espérons donc que grâce à vous, petite moustache deviendra grande !

 

 

 

 

 

 

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